Editions Allia

16 octobre 1943

Giacomo Debenedetti

“Et si un jour on voulait donner une décoration à ceux qui sont tombés, ce n’est certainement pas nous, les Juifs rescapés, qui la refuserions ; mais qu’on ne frappe pas de médailles différentes, qu’on n’imprime pas de diplômes spéciaux : que ce soient les médailles et les diplômes des autres soldats : ‘Soldat Cohen…Soldat Levi… Soldat Abramovic… Soldat Chaim Blumenthal, âgé de cinq ans, tombé à Leopoli, au milieu des siens, qui, les mains attachées derrière le dos, défendait encore la cause de la liberté et témoignait pour elle.’”
Le 16 octobre 1943, journée noire dans l’histoire de Rome, est l’équivalent de ce que fut à Paris la rafle du Vel d’Hiv. Kappler, commandant des SS, avait menacé d’exécuter 200 otages juifs si 50 kilos d’or ne lui étaient pas remis dans les deux jours. Aussitôt toute la ville se mobilisa : des milliers d’anonymes apportant leurs bijoux ou leurs alliances. Quelques jours plus tard, alors que les Juifs se croyaient à l’abri, les SS envahissaient le ghetto : plus d’un millier de personnes furent arrêtées et déportées en Allemagne, d’où elles ne revinrent jamais.
La sobriété poignante du style de Debenedetti transforme ce témoignage en récit collectif, comme si les Juifs de Rome, à travers lui, prenaient tour à tour la parole pour raconter leur tragédie.

Culture Juive