Editions Allia

Petite Apologie de l’expérience esthétique

Hans Robert Jauss

"Ils sont peu nombreux, ceux qui ont le courage de transgresser l’interdit et de se comporter comme l’un des patriarches de ma discipline, Leo Spitzer, qui, un jour, comme un ami le trouvait assis à son bureau et le saluait de ces mots : 'Tu travailles ?', eut cette réponse digne d’être méditée : 'Moi, je travaille ? Mais non, je jouis !'"
Dans ce texte issu d’une conférence prononcée en 1972, Jauss entreprend de réhabiliter la notion de jouissance esthétique à la fois contre la notion vulgaire de simple plaisir et contre les attaques des ascètes modernes qui voudraient exclure toute jouissance de l’art, qu’ils conçoivent comme pure intellectualité. Pour Jauss, il est impossible de faire abstraction de la jouissance que provoque l’expérience esthétique, il faut au contraire la prendre comme objet de réflexion. C’est à ce prix qu’une telle expérience peut devenir libératrice et donner naissance à une forme nouvelle de sociabilité. Posant les bases d’un nouvel humanisme esthétique et critique, Jauss réhabilite la primauté de l’expérience esthétique qu’il oppose au langage asservi des sociétés modernes de consommateurs. Cette expérience spécifique maintiendrait présente l’image d’un monde unique, commun à tous. Un monde que seul l’art laisserait apparaître comme possible.
Traduit de l'allemand par Claude Maillard.

Plaidoyers en faveur de l'art