Editions Allia

Le Paradis des célibataires

Herman Melville

“Suaves sont les oasis du Sahara ; charmants les îlots d’arbres dans les prairies d’août ; délicieuse l’aiguille de loyauté dans la meule des perfidies ; mais plus suave, plus charmant, plus délicieux ce rêve enfoui au cœur de pierre étourdissant de Londres, le Paradis des Célibataires.”
De 1853 à 1854, Melville, en proie à une profonde crise qui l’empêche de s’atteler à une œuvre de longue haleine, fait paraître une douzaine de nouvelles dans des magazines. Rédigés à la même époque que Bartleby, les contes qui composent Le Paradis des célibataires en constituent le pendant enjoué. Jamais Melville ne s’est montré aussi libre que dans ces récits. Une étonnante allégresse les traverse, comme si l’auteur avait voulu se décharger un instant du poids du destin qui pèse habituellement sur ses personnages. Le Paradis des célibataires existe bel et bien ; il tient à la fois du club anglais et de l’ordre des Templiers. On peut y croiser le Dr Johnson et Charles Lamb. Ici, le rêve imbibe peu à peu la réalité, le fantastique fissure le quotidien et le lecteur se retrouve entraîné dans un univers parallèle, à l’imperceptible étrangeté. Dans un effet de miroir qui organise tout le volume, Melville a fait suivre cette nouvelle du Tartare des jeunes filles où les femmes semblent vouées à l’enfer. De la même façon, le Pudding du pauvre répond aux Miettes du riche. Dans ces contes inversés, symétriques, le vice répond à la vertu, les États-Unis à l’Angleterre, l’hypocrisie religieuse à la foi véritable. Le Paradis des célibataires est l’œuvre d’un moraliste, qui voile la satire politique sous la plus séduisante des allégories.



Traduit de l'anglais par Jean-Yves Lacroix.
Image de couverture : Martin Parr.